La parole est à…Adrien Coquelle

Une fois n’est pas coutume, je ne vais pas vous présenter mes photos aujourd’hui. J’ai le plaisir de partager cet espace avec Adrien Coquelle. Au cas où vous ne le connaitriez pas déjà, Adrien est un photographe nature qui en plus a le bon goût d’être très bon pédagogue et pas avare de conseils. Son site est une mine pour tout photographe animalier souhaitant progresser.

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 Bonjour Adrien, et merci de passer de l’autre côté du miroir. Pourrais-tu te présenter pour ceux qui ne te connaîtrais pas ?

Salut Sébastien et tout d’abord merci de me laisser la possibilité de parler de ma passion sur ton site, que j’adore et que je consulte depuis un petit moment déjà. Je m’appelle Adrien Coquelle, je viens tout juste d’avoir 29 ans et je suis Directeur Artistique et graphiste vidéo. En parallèle, je gère le site Pose Nature, que j’ai créé en Octobre 2016, où j’apprends à mes lecteurs comment progresser en photographie animalière et de Nature.

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Comment as tu commencé la photo, et plus particulièrement la photo nature?

J’ai acheté mon appareil il y a plusieurs années, en 2010, quand j’étais encore étudiant, car nous avions eu un workshop de photographie d’une semaine. A l’époque, j’avais voulu me faire plaisir et j’ai investi dans un Canon 7D, qui était la grosse référence du moment. Mais la photographie ne m’avait pas plus marqué que cela, car je n’ai pas touché à l’appareil pendant de très, très nombreuses années…

En effet, il aura fallu attendre début 2016, et la rencontre d’une fille qui était passionnée de photographie, pour ressortir le 7D du placard. Le virus m’a vite contaminé cette fois. Ce qui est drôle, c’est qu’à ce moment là, comme je n’utilisais pas du tout mon boîtier, je cherchais à le revendre.

Résidant sur Paris à l’époque, j’ai tout naturellement commencé par la street photographie. Puis en me baladant sur 500px je suis rapidement tombé sur des photographies macro et ça a été le coup de foudre ! J’ai alors développé une sorte de fixette : je voulais comprendre comment ces photographes arrivaient à faire de tels clichés et, surtout, je voulais absolument faire pareil. Je pense avoir lu et vu tout ce qui est possible de trouver sur le sujet sur internet.

La photographie animalière a été la suite logique, avec l’achat de mon Sigma 150-600mm Contemporary, quelques mois plus tard, en Septembre 2016. Depuis, j’ai déménagé en région parisienne pour me rapprocher de la Nature et profiter beaucoup plus de ma passion.

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Ta démarche photographique est étroitement liée à une démarche pédagogique puisque tu n’es pas avare en conseils sur ton site « Pose Nature ». Tu pourrais nous en dire plus sur ce partage?

Oui, le partage est très important pour moi et, à vrai dire, j’ai toujours aimé transmettre mes connaissances, quel que soit le domaine. Aider les autres à avancer et à progresser est pour moi une source de motivation et de satisfaction. Lorsque j’étais étudiant par exemple, je n’hésitais pas à aider mes camarades lorsqu’ils étaient bloqués. Il paraît que je suis bon pédagogue, car j’explique les choses simplement…

Quand j’ai commencé la photographie, j’ai énormément cherché d’informations sur internet et j’ai été surpris de constater que peu de ressources en français sur l’apprentissage de la photographie animalière et de Nature existaient. Comme je ne trouvais pas grand chose, j’ai décidé de le faire moi-même et de partager ma progression, tout simplement. Je ne m’attendais pas du tout à ce qu’autant de personnes me suivent.

Et pour finir sur ta question, je reste convaincu que le meilleur moyen pour progresser dans n’importe quel domaine est de l’enseigner. En effet, lorsque je prépare un article, par exemple, je passe énormément de temps à me renseigner sur le sujet, je confronte plusieurs opinions, je fais mes propres tests, etc… C’est une sorte d’accélérateur au final !

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Je suppose que toi aussi tu as des sources d’inspiration? Tu pourrais partager avec nous tes derniers coups de coeur photographiques?

Au risque de ne pas être très original, comment ne pas citer en premier Vincent Munier, tant pour ses talents de photographe que pour sa personne ? J’ai eu l’immense chance de le rencontrer et de discuter une dizaine de minutes avec lui, et c’est vraiment un personnage passionnant, d’une immense gentillesse. Pour le reste, je suis un vrai boulimique d’inspiration, donc la liste va être longue.  

Pour les photographes francophones : Bastien Riu, Michel d’Oultremont, Olivier Naska, Stanley Leroux, Kyriakos Kaziras, Joël Brunet, Gil Gautier, Léo Gayola, Alexandre Deschaumes, Grégory Perrin (ma première claque en macro), Fabrice Bertholino, Emmanuel Graindépice. Mon coup de coeur du moment est la redécouverte des paysages de Nicolas Orillard-Demaire. Et au risque de passer pour un lèche-bottes, il y a toi aussi, je trouve tes bokeh absolument incroyables et très originaux, surtout sur tes clichés récents (là vous ne voyez pas, mais je suis en train de rougir 😉 Merci Adrien!!!).

Pour les photographes étrangers : Richard Peters (si vous ne connaissez pas, foncez voir son site !!!), Paul Wilson, Perdita Petzl, Roeselien Raimond, Benjamin Hardman, Peter McKinnon, Greg du Toit

J’ai d’ailleurs une série d’articles sur Pose Nature qui est vraiment très appréciée par mes lecteurs, où je partage régulièrement mes découvertes et mes derniers coups de coeur.

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Tu as déjà gagné un concours (Festiphoto de Rambouillet) et j’ai vu que dernièrement tu avais exposé quelques photos. Que représentent ces étapes dans ton parcours? Des conseils à donner pour ceux qui souhaiteraient suivre ton exemple?

Oui, gagner le Festiphoto de Rambouillet était une excellente surprise et une très grande fierté. Je ne m’y attendais pas du tout, car c’était seulement le deuxième concours auquel je participais. J’ai également eu la chance remporter le prix du jury du concours de l’Ile du Beurre, avec la même photo de héron (la photo numéro 2).

Gagner des concours n’est pas un objectif que je cherche absolument à atteindre à vrai dire, même si cela fait énormément plaisir quand ça fonctionne, je ne vais pas le nier. Mais j’ai la tête sur les épaules et je sais que j’ai énormément de travail à accomplir avant de pouvoir prétendre gagner des concours prestigieux comme Montier. Alors en attendant, je continue mon bout de chemin dans mon coin, en travaillant toujours plus et en essayant de trouver mon style. Pour le reste… on verra bien, ce n’est que du bonus !

Pour l’exposition c’est exact, j’ai récemment présenté 6 photographies de héron grâce au club photo de Villennes-sur-Seine. C’était très émouvant pour moi de voir des inconnus apprécier mon travail et une très belle expérience, que j’aimerais beaucoup reproduire à l’avenir.

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J’ai vu sur ton site que tu es graphiste de formation. J’imagine que ça t’aide pour le post traitement; cela a t’il également un impact avant le déclenchement,lorsque tu imagines et composes ton image?

Effectivement, ça aide pas mal ! Photoshop n’a plus de secret pour moi et lorsque j’ai démarré Lightroom j’avais forcément beaucoup de facilités, que ce soit pour la prise en main du logiciel ou pour la gestion des couleurs. J’aime développer mes photos, passer du temps derrière l’ordinateur et peaufiner les détails. Cela fait partie de moi, de mon histoire et je ne me vois pas faire sans.

Mais pour répondre à ta question, non, je n’y pense pas du tout sur le terrain, car la retouche n’a jamais été pour moi un « cache-misère », mais plutôt une manière de révéler le potentiel maximal de la photo. Si l’image n’est pas bonne dès le déclenchement, je ne vais pas m’amuser à la trafiquer pour la rendre « acceptable », ce ne serait pas honnête envers mes lecteurs. 

Je préfère réfléchir en amont à ma composition, à ma lumière et à mon bokeh. J’essaie d’ailleurs de plus en plus d’obtenir une image qui se rapproche du résultat final dès la prise de vue. 

J’aimerais rebondir sur ta question pour évoquer un sujet assez lié et qui me tiens à coeur. J’ai beaucoup de personnes qui sont surprises lorsque je leur dis que je ne fais de la photographie que depuis un an et demi, elles me demandent alors mon secret. Ma réponse est de vous intéresser à d’autres domaines et de VRAIMENT vous engager dans une démarche artistique. 

Cela fait plus de 10 ans que je baigne dans les milieux artistiques (graphisme, dessin, peinture, musique,…), que je nourris mon oeil et mon inconscient avec des images de toutes sortes. Alors, en vérité, cela fait 10 ans que j’ai commencé à travailler mon oeil photographique, pas un an.

Car comme m’a dit une fois un très bon ami, grand sportif : une personne qui fait du sport depuis des années aura des facilités dans n’importe quelle discipline.

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Est ce que tu as un sujet de prédilection? J’ai remarqué que tu faisais beaucoup de photos de hérons, mais si on te donnait la possibilité de photographier un animal qui te fait réver, lequel serait-ce?

Le héron est en effet mon premier coup de foudre photographique et je le prends énormément en photo. C’est un animal qui me passionne, difficile d’expliquer pourquoi. C’est un oiseau qui a été beaucoup pris en photo à une époque et qui est un peu retombé dans l’oubli, car jugé trop commun je pense…

Mais ce n’est pas pour autant un sujet si facile à prendre en photo, car il est très craintif et son bec imposant rend la composition assez compliquée à faire. Essayer de proposer quelque chose d’original et de créatif sur le héron est donc pour moi un excellent défi.  

Ta question est difficile, car à part le héron, je n’ai pas vraiment d’espèce préférée. Au contraire, comme je débute en photographie, j’essaie d’explorer plein de choses et de ne pas m’enfermer dans un seul style pour le moment. J’aime également me mettre des défis et essayer de rendre beau des espèces jugées moches ou banales, alors je n’hésite pas à prendre en photo des bourdons, des pigeons,  des mésanges, des mouches, des punaises, des corneilles, etc… 

Mais si je devais choisir un animal qui me fait rêver, je dirais l’ours polaire ou le renard arctique, pour l’aventure et la difficulté qu’ils représentent et parce que j’adore les ambiances hivernales en ce moment.

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Pourrais tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter en quoi elle est particulière à tes yeux?

Difficile de juger son propre travail, mais ce portrait de héron en noir et blanc (photo 9) a une place particulière pour moi, car c’est, je pense, la première photographie dont j’ai été vraiment content dès le déclenchement. Elle n’est pas exceptionnelle, mais quand même spéciale pour moi, car je l’ai vraiment travaillé pour obtenir exactement ce que j’avais en tête, en me déplaçant, en plaçant un objet au premier plan pour obtenir ce fondu, en l’approchant centimètre par centimètre. 

Les conditions de prises de vue rajoutent également à ma satisfaction, car elles étaient assez difficiles : il faisait très froid ce jour-là, la lumière n’était pas exceptionnelle et j’étais pressé par la pluie et la nuit tombante. 

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Est ce que tu as des projets, des envies de découverte, d’évolution ?

Développer encore plus Pose Nature, qui occupe maintenant une très grande place dans ma vie. J’ai la chance d’avoir une communauté qui commence à devenir importante et qui est surtout très active sur ma page Facebook, donc ça me motive à continuer pour eux. Je reçois quasiment quotidiennement des messages de lecteurs me remerciant de les aider à progresser dans leur passion et me félicitant pour mon travail. Difficile donc de ne pas être touché et reconnaissant. Je ne peux que les remercier en produisant toujours plus de contenu de qualité.

Je compte également retravailler ma chaîne YouTube et commencer à faire des vidéos tournées sur le terrain, en caméra embarquée, pour « emmener » mes abonnés avec moi et pourquoi pas sensibiliser le plus de personnes possible à la protection de la Nature.

Au niveau des autres projets pour 2018, après des discussions avec des amis photographes qui me poussent à le faire, je vais tenter ma chance auprès des magazines spécialisés, en proposant des portfolios et un dossier sur la photographie créative de héron. Je croise les doigts, ce serait vraiment un énorme accomplissement pour moi d’être publié.

Pour finir, j’aimerais également voyager un peu plus et me former à la photographie de paysage et à l’astrophotographie, deux domaines que je ne maîtrise pas du tout et qui pourtant m’intéressent énormément. En plus, j’ai un Sigma 18-35 mm qui commence à prendre dangereusement la poussière, il est plus que temps de le rentabiliser…

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Une question que tu aurais aimé que je te pose?

« Quand est-ce qu’on shoote ensemble ? » 🙂

Quand tu veux Adrien 😉 Si tu passes sur Toulouse, je connais un ou deux endroits où voir des hérons, même si je suis plus doué pour trouver des diablotins!

Pour suivre Adrien, vous pouvez vous rendre sur son site, son facebook ou sa chaine youtube.

Bonne semaine à tous!!!!

 

12 Replies to “La parole est à…Adrien Coquelle”

  1. Merci Sébastien et bravo pour cette entrevue-portrait et la découverte de ce photographe que je ne connais pas… je vais aller voir ce qu’il fait de plus près 🙂
    Bonne semaine et à bientôt ! 😉

  2. Très sympa l’interview 🙂 J’ai découvert sa chaîne et blog en même temps que la macrophotographie donc ça m’a beaucoup aidé et j’aime beaucoup son travail.

  3. Très bonne idée idée cet article. Merci pour le partage ! Je vais aller voir sa chaîne et son site. Les photos sont magnifiques, un gros coup de coeur pour la 5. 🙂

  4. Merci beaucoup Sébastien pour m’avoir donné la parole, c’était un plaisir de partager tout ça avec toi ! Continue de nous émerveiller avec tes images 😉

  5. Je ne fais pas de photo animalière et peu de macro mais ces domaines m’intéressent et j’apprécie toujours de voir de belles images. Et avec ce billet, tu nous gâtes Sébastien. J’ai fait une belle découverte et vais aller rendre visite à Adrien tout soudain.

Un petit mot ? Ça fait toujours plaisir !